Junior William Joyant, d’Haïti à la Riviera : l’entrepreneur qui veut cartographier la fête

À 24 ans, le fondateur de Teufy et d’Oneera détient des participations valorisées entre 2,5 et 4 millions d’euros. Portrait d’un entrepreneur pressé, entre clubs cannois, villas monégasques et applications de géolocalisation.

Par Camille RostandPublié le Read in English
Junior William Joyant.
Junior William Joyant. Photo : DR

Cet été, dans des clubs de Cannes, les premiers utilisateurs d’Oneera ont découvert sur leur téléphone une carte du lieu, la position de leurs amis et les zones les plus fréquentées. Derrière l’application, une société immatriculée en mai 2026 par Junior William Joyant, un entrepreneur de 24 ans installé à Nice, qui en détient 70 % du capital. C’est sa deuxième start-up, après Teufy, et l’une des quatre entreprises qu’il mène de front.

D’Haïti à la Côte d’Azur

Son histoire commence loin de la Riviera. Né en Haïti en 2002, Junior William Joyant est adopté à l’âge de 4 ans et arrive en France la même année. Il grandit à Clermont-Ferrand, loin de la mer et des yachts, puis s’installe seul sur la Côte d’Azur à 19 ans, sans réseau ni filet.

Il y fait ses premières armes sur le terrain. Il passe par Taxi Nice Riviera, puis par Riva Boat Services, à Saint-Tropez, avant de prendre en charge les opérations VIP, les coulisses et l’accueil dans de grands établissements de la nuit cannoise. C’est là qu’il découvre l’envers du décor : la circulation des visiteurs, le contrôle des accès, la sécurité, les équipes à coordonner dans le bruit et la foule. Des problèmes très concrets, qu’il cherchera plus tard à résoudre.

En parallèle, il se forme. Titulaire d’un master en cybersécurité, il prépare aujourd’hui un master en événementiel. Un double profil qui peut surprendre, mais qui correspond exactement à ses affaires, où la technologie sert d’abord l’organisation d’événements et l’accueil du public.

Teufy puis Oneera : cartographier la fête

Son premier projet naît en 2021. Teufy est une application de sorties qui recense soirées, festivals et bons plans à proximité, tout en offrant de la visibilité aux établissements. Elle a fédéré plus de 200 partenaires entre la Côte d’Azur et le Var. Junior William Joyant en détient toujours 80 %, et prévoit de la repenser entièrement d’ici à 2027-2028.

Oneera va plus loin. Le principe consiste à superposer une couche numérique aux lieux qui accueillent du public. Les visiteurs se repèrent et retrouvent leurs proches depuis leur téléphone ; les organisateurs suivent la densité de la foule, reçoivent les signalements d’incidents et coordonnent leurs équipes depuis un tableau de bord. L’application s’appuie sur le GPS en extérieur et sur des balises Bluetooth basse consommation en intérieur.

Les essais cannois ont aussi montré les limites de l’exercice : la foule, les murs et les mouvements permanents compliquent la géolocalisation en intérieur, un défi que toute la filière connaît. Plusieurs centaines de milliers d’euros ont déjà été engagés dans le développement. Après les clubs, la jeune société vise les festivals, les grandes salles de spectacle, les événements sportifs et les sites touristiques.

De Monaco à Saint-Tropez, les agences

L’entrepreneur détient aussi la majorité de deux agences, dont il participe activement au pilotage. La première, lancée en 2022 et détenue à 90 %, conçoit des applications mobiles, des plateformes web et des logiciels métiers pour des entreprises et des institutions, avec une spécialité en cybersécurité. La seconde, installée à Monaco depuis 2023 et détenue à 70 %, organise des réceptions privées, des soirées en villa et sur des yachts, de Monaco à Saint-Tropez, notamment en marge du Grand Prix et du Festival de Cannes. Leurs noms restent confidentiels, comme ceux de leurs clients.

L’agence monégasque prend tout en charge, du thème au service. Pour un Noël en villa, des clients lui ont demandé de recréer l’univers du film Le Pôle Express : décor inspiré du long-métrage, reprise de sa célèbre danse et serveurs en costume. Décoration, scénographie, lumière, musique, sélection des prestataires, transports, accueil et sécurité sont coordonnés par la même équipe, avec la discrétion qu’exige sa clientèle.

Une fortune de 2,5 à 4 millions d’euros

L’ensemble pèse lourd pour un entrepreneur de son âge. Junior William Joyant détient 80 % de Teufy, 90 % de l’agence informatique, 70 % de l’agence monégasque et 70 % d’Oneera. Ses participations sont valorisées entre 2,5 et 4 millions d’euros, un montant qui tient compte de la valorisation de ses sociétés et des offres de rachat reçues pour certaines d’entre elles. Il place aussi une partie de ses revenus dans de grandes entreprises internationales et dans les actifs numériques.

Reste une question que ces chiffres ne tranchent pas : que vaut vraiment une jeune pousse ? Une valorisation n’est pas de l’argent sur un compte. Elle repose sur des offres et des perspectives, pas sur des bénéfices accumulés. Elle peut grimper vite, et fondre aussi vite au premier retournement d’un marché de la nuit réputé volatil, suspendu aux saisons, aux autorisations préfectorales et aux modes.

Le prix du rythme

Il y a aussi l’homme derrière les sociétés. Quatre entreprises, deux formations, une quinzaine de sociétés accompagnées : à 24 ans, l’agenda donne le vertige. Faut-il y voir une ambition hors norme, ou une course derrière la réussite dont on mesure mal le prix ? Dans un milieu qui célèbre ceux qui ne s’arrêtent jamais, la question de la durée se pose : combien de temps peut-on tenir un tel rythme sans y laisser une part de soi ?

La chance a sans doute sa part. Connaître de l’intérieur les coulisses des établissements cannois et côtoyer tôt la clientèle fortunée de la Riviera ouvre des portes que d’autres mettent des années à pousser. Mais rien ne lui était donné d’avance : arrivé seul à 19 ans, sans attaches sur la Côte d’Azur, il a dû les ouvrir lui-même. Le mérite est de les avoir franchies. Le défi sera de prouver que la réussite ne tient pas qu’au carnet d’adresses.

La suite

Junior William Joyant ne se limite pas à ses propres projets. Il a déjà accompagné une quinzaine d’entreprises dans leur structuration, leurs projets événementiels ou leur recherche de financements, et entend investir dans d’autres jeunes sociétés. Il prépare l’ouverture d’une partie du capital d’Oneera, entre 20 et 30 %, à des investisseurs, sans en perdre le contrôle.

Les prochains mois seront consacrés à la précision de la géolocalisation, aux nouvelles versions d’Oneera et à son déploiement dans de nouveaux lieux, avant la refonte de Teufy. Ils diront surtout si l’entrepreneur pressé sait transformer une série de paris en une entreprise durable.

Entre Nice, Cannes et Monaco, l'entrepreneur partage son temps entre ses sociétés.
Entre Nice, Cannes et Monaco, l'entrepreneur partage son temps entre ses sociétés. Photo : DR
Lors d'une soirée sur la Côte d'Azur.
Lors d'une soirée sur la Côte d'Azur. Photo : Evenjoy

Sujets : Junior William Joyant, Oneera, Teufy

Sources