Agnès Costa, la sœur qui porte Fragonard jusqu’à son centenaire
Avec Françoise et Anne, elle dirige la maison grassoise fondée par son arrière-grand-père en 1926. Le parfumeur fête ses cent ans avec une exposition à la Monnaie de Paris, qui ouvre le 13 novembre.

Dans quelques jours, les flacons de Grasse s’installent quai de Conti. Pour son centenaire, Fragonard investit la Monnaie de Paris avec une exposition qui mêle parfums, peintures et costumes, du 13 novembre au 10 janvier. Point d’orgue d’une année anniversaire que la maison grassoise a voulue à son image : familiale, culturelle et très provençale.
Derrière la marque, trois sœurs. Agnès, Françoise et Anne Costa dirigent ensemble la maison, comme l’a rappelé La Poste en février en consacrant un timbre au centenaire. Agnès et Françoise ont pris la suite de leur père, Jean-François Costa. Elles sont les arrière-petites-filles du fondateur.
Rien ne destinait pourtant Agnès Costa à la parfumerie. Elle a étudié le droit, la philosophie et l’anglais à Paris avant de rejoindre l’entreprise au début de la vingtaine. « Je n’ai jamais grandi en pensant reprendre un jour l’entreprise familiale », confiait-elle en 2021 à Monaco Tribune.
L’histoire commence en 1926. Eugène Fuchs rachète à Grasse une petite parfumerie installée dans une ancienne tannerie du XVIIIe siècle, et la baptise du nom du peintre grassois Jean-Honoré Fragonard. Quelques années plus tard, il transmet l’affaire à son fils Georges et à son gendre, François Costa. L’usine historique abrite toujours la maison.
La famille a fait de la culture un pilier de l’entreprise. En 1997, Hélène Costa, la mère des trois sœurs, fonde à Grasse le Musée provençal du costume et du bijou. Les sœurs ont poursuivi cette politique de collections, jusqu’à ouvrir à Arles un musée de la mode et du costume. En mars 2025, l’historien de l’art Philippe Costamagna a pris la direction des musées du parfumeur.
Le modèle repose sur un réseau intégré, de la fabrication à la vente. Fragonard compte trois usines, six musées et vingt-cinq boutiques, selon Centre Inffo. La maison continue d’ouvrir des adresses, comme à Nîmes en juin 2025. Elle ne publie pas de chiffre d’affaires consolidé ; ses sociétés grassoises affichent des comptes séparés.
L’année du centenaire a été rythmée par les hommages. Après le timbre de La Poste, le musée Jean-Honoré Fragonard de Grasse a accueilli de juin à octobre l’exposition « Fragonard, l’enfant chéri de Grasse », consacrée au peintre qui a donné son nom à la maison.
Le centenaire a pourtant son revers. À force de musées, d’expositions et d’hommages, une maison peut finir par vivre de son passé. Le récit patrimonial est aussi un argument de vente, et la question est de savoir s’il suffira à séduire une clientèle plus jeune, moins sensible aux flacons de tradition. La discrétion financière de la famille, qui ne publie pas de chiffres consolidés, empêche par ailleurs de mesurer la santé réelle de l’entreprise.
Cent ans après le rachat d’Eugène Fuchs, Fragonard est toujours entre les mains de la famille fondatrice. Une indépendance que les trois sœurs cultivent en misant sur ce qui ne se copie pas : un lieu, une histoire et un nom.
Sources
- Fragonard marks its centennial with an exhibition at the Monnaie de Paris (Sortir à Paris)
- La Poste celebrates the centenary of Fragonard (Groupe La Poste)
- Agnès Costa, the woman behind one of the oldest perfumeries in France (Monaco Tribune)
- Philippe Costamagna prend la tête des musées du parfumeur Fragonard (The Art Newspaper France)
- Fragonard, comme un parfum d'innovation (Centre Inffo)
- Nîmes : une boutique Fragonard ouvre ses portes en centre-ville (Objectif Gard)
- Une histoire de famille (Fragonard)