Justine Lipuma, la microbiologiste de Grasse qui veut remplacer les pesticides par des champignons

Cofondatrice de Mycophyto en 2017, elle a bouclé en janvier une levée de 16 millions d’euros. Sa start-up ouvre une filiale au Maroc, première étape de son expansion internationale.

Par Nathan BelkacemPublié le Sources : Le Journal des Entreprises, FreshPlaza, CFNews, FrenchWebRead in English
Des champignons mycorhiziens observés au microscope. Photo d’illustration.
Des champignons mycorhiziens observés au microscope. Photo d’illustration. Photo : Rajarshi Rit (https://orcid.org/0000-0003-3122-5926) / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)

Sous nos pieds, des champignons microscopiques vivent en symbiose avec les racines des plantes et les aident à se nourrir. C’est sur cette alliance, la mycorhize, que Justine Lipuma a bâti Mycophyto. La start-up grassoise annonce l’ouverture d’une filiale au Maroc, rapporte Le Journal des Entreprises. Premier pas concret d’une expansion internationale qui vise aussi l’Espagne, la Côte d’Ivoire et le Benelux.

Ce développement a été rendu possible par une levée de fonds de série A de 16 millions d’euros, finalisée en janvier, la plus importante de l’histoire de l’entreprise. Le tour de table réunit Innovacom, BNP Paribas et le fonds DeepTech 2030 géré par Bpifrance, avec CDG Invest, Noshaq et les actionnaires historiques, dont Région Sud Investissement et le Crédit Agricole. Un actionnaire stratégique l’a rejoint ensuite, selon CFNews.

Docteure en microbiologie, Justine Lipuma a fondé Mycophyto en 2017 à Sophia Antipolis avec Christine Poncet, ingénieure agronome. La société est issue des laboratoires de l’INRAE et d’Université Côte d’Azur. Son principe : produire des solutions biologiques à base de champignons mycorhiziens pour renforcer les cultures et réduire le recours aux engrais et aux pesticides.

Les débuts sont ceux d’une jeune pousse de la recherche. Mycophyto remporte le concours d’innovation i-Lab, puis lève 1,4 million d’euros en 2019 pour proposer une alternative biologique aux pesticides. Une nouvelle levée d’un peu plus de 4 millions d’euros suit. En 2022, l’entreprise compte 19 salariés ; elle en réunit aujourd’hui une trentaine, à Grasse.

Le défi est industriel. Produire des champignons vivants en grande quantité ne s’improvise pas, et sa dirigeante annonçait déjà préparer « l’industrialisation de masse » de ses champignons mycorhiziens.

Justine Lipuma s’est aussi imposée dans l’écosystème régional. Elle est entrée dans la gouvernance de la French Tech Côte d’Azur, aux côtés d’autres dirigeantes de Sophia Antipolis. Fin octobre 2024, elle faisait partie de la délégation d’entrepreneurs qui accompagnait le président de la République lors de sa visite d’État au Maroc, pays où Mycophyto s’installe aujourd’hui.

Le pari reste toutefois à démontrer à grande échelle. Les solutions biologiques doivent encore prouver, champ après champ, qu’elles tiennent leurs promesses face aux produits conventionnels. Produire des champignons vivants de façon industrielle est un défi technique que peu ont relevé. Et une levée de 16 millions d’euros crée une obligation de résultats rapide : ouvrir plusieurs pays à la fois est une marque d’ambition, mais aussi un risque de dispersion pour une entreprise d’une trentaine de salariés.

L’agriculture cherche des solutions pour réduire les produits chimiques sans perdre en rendement. Mycophyto parie sur la biologie du sol, et sa présidente sur l’idée qu’une start-up née d’un laboratoire azuréen peut devenir un acteur international de l’agriculture.

Sources